mardi 6 février 2018

Nos souvenirs sont des fragments de rêves de Kjell Westö


Descriptif éditeur :

«La première fois où j’ai fait l’amour avec Stella, j’ai su que je ne pourrai jamais plus vivre sans : elle passera toujours avant les convenances, la carrière, avant même la morale. »


Helsinki, années 1970. Stella, Alex et leurs amis sont remplis d’ambitions et de hautes espérances. Dans la fougue de l’adolescence, ils font les quatre cent coups. Mais une passion dévorante vient troubler leur insouciance, et arrive le temps de l’âge adulte et des compromis. Mais oublie-t-on jamais son amour de jeunesse?
Porté sur cinquante ans par un souffle irrésistible, ce roman est le portrait sensible d’un amour destructeur et de l’éveil au monde de toute une génération. Au sommet de son écriture, Kjell Westö tire avec brio les fils du destin et nous offre l’égal scandinave de Bienvenue au club de Jonathan Coe et des Intéressants de Meg Wolitzer.


Ma critique : 

Le cœur du livre - l'histoire d'amour moderne et pas à l'eau de rose - est bon, voir très bon. Pendant une grosse centaine de pages, l'auteur sait nous happer dans l'univers de son héros, avec une grande subtilité humaine sans donner dans le cliché. Mais voila, le livre compte plus de 400 pages supplémentaires.


Toute la vie du héros est racontée avec grande précision, donnant un style que j'ai trouvé lourd et manquant d'élan à la grande majorité du livre. C'est visiblement un style recherché, puisqu'il le vante lui-même en mettant en scène son auteur :
" Joue-moi Galveston était une fiction de la première à la dernière page, une pure invention ;
j'en ai toutefois composé les scènes avec une précision et une prudence qui, dans l'instant de l'écriture, m'apparaissaient angoissantes mais se sont révélées bénéfiques pour le récit : j'écrivais mieux quand je n’assommais pas le lecteur de sentiments et d'interprétations comme j'en avais l'habitude jusque-là.".
Personnellement, je n'adhère pas. C'est d'autant plus dommage que ça noie un peu certaines descriptions bien écrites dans une masse de détails inintéressants et bien peu poétiques. Un exemple :
" L'idée d'écouter au cours de la soirée Une heure avec... venait de moi. Le concept de cette série d'émissions de radio diffusées pendant l'été reposait sur un entretien entrecoupé de plages musicales pendant soixante minutes, parfois quatre-vingt-dix, avec une personnalité du monde culturel. Le format existait sur P1, l'une des stations du service public suédois, et sur Radio Vega, la station suédophone de la radio-télévision publique finlandaise. Il était possible de les télécharger en podcast juste après la diffusion et j'avais pour habitude d'en écouter une par soir."


Côté "intrigue" on a droit à une petite introduction façon thriller comme prétexte aux souvenirs, dont on ne verra réémerger le thème qu'en fin de roman. Au début comme à la fin, j'ai trouvé cet élément raté, un peu convenu, peu crédible, sans âme et sans rythme. On a ensuite un récit de l'enfance du héros et de son amitié absolue avec un enfant de la haute société dans leur manoir. Le récit se teinte de touches nostalgiques sans tabou. Ici, la petite sœur fait office au mieux de figurante. Le récit bascule ensuite sur l'histoire d'amour avec elle, et là c'est au tour de la plupart des autres éléments de faire office de décor pour une histoire bien montée, avec des sentiments globalement plus réalistes et lucides que romanesque, et une vision de l'amour plus réfléchie et remise en question que ce que l'on voit bien trop souvent. Cet élément persiste dans la (très) longue suite du roman, racontant la vie et l'évolution (la stagnation ?) sentimentale du héros. Là, le récit se perd un peu en tout et rien. On suit vaguement le devenir des différents personnages sans s'y attacher et les bons points sont noyés. C'est dommage, parce que la vision de la maturité en tant que célibataire endurci, la vision des amours libres à moitié assumées seulement, la vision de la famille à travers le temps sont des thèmes traités avec originalité pour le monde littéraire. On sort un peu (encore qu’avec une analyse étonnamment timide sur certains sujets, mais c'est moi) des schémas de genre ou maritaux classiques sans en faire des tonnes ou être volontairement original et ça c'est chouette. Avec un raté sur la bisexualité quand même, trop mise en scène et qui cette fois n'évite pas le cliché. La capitalisme avec le profit à tout prix est plus ou moins dénoncé, mais c'est d'avantage un vague décor qu'un thème réellement abordé. Tant mieux, parce que le traitement n'en est pas bien profond, comme celui du terrorisme qui en plus tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.


En bref, un avis en demie-teinte mais surtout : Quel dommage !

Ma note : 2/5

D'autres citations :

[...] et si elle [la relation] ne nous avait pas donné ce que d'aucuns prennent pour des symboles d'amour (le mariage, un foyer et des enfants en commun), elle nous avait offert des moments de bonheur, une bonne quantité de malheurs et, enfin, un amour qui avait tenu au fil du temps, même s'il prenait désormais la forme d'une amitié.


- Je suis un homme, ai-je tenté de plaisanter. Je ne peux pas être une traînée. Tu peux me traiter d'obsédé sexuel autant que tu veux. De mari infidèle d'une certaine manière. de pervers polymorphe à l'extrême limite. Mais pas de traînée.
- Epargne-moi tes conneries, tu veux ? Tu es une traînée comme on n'en fait pas, point à la ligne.


L'enfance est parait-t'il une période marquée par l'innocence ; lorsqu'on sort de l'une, on perd l'autre. Mais certains connaissent une enfance peuplée de ténèbres et de sentiments contradictoires, elle n'est pas une période innocente pour tout le monde.
Quand j'étais petit, je n'étais pas sûr des sentiments que j'éprouvais pour papa et maman. Ils étaient certes de bons parents, qui faisaient leur possible pour moi ; mais ils étaient fondamentalement différents, non seulement l'un et l'autre mais aussi de moi - une différence encore plus marquée au sein du reste de ma famille. Je me sentais étranger auprès des miens. Or, dans le même temps, j'étais incapable de leur expliquer qui j'étais. En conséquence, je me sentais seul.